En Catalogne, il incarne la figure emblématique du modernisme, étant l’équivalent barcelonais de l’Art nouveau et un membre actif du cabaret El Quatre Gats, un lieu de rencontre pour une nouvelle génération de peintres novateurs tels que le jeune Picasso. Doté d’un talent précoce pour le dessin, il quitte l’école à onze ans pour suivre les cours de Joan Vicenç, avant de se rendre à Paris en 1881, attiré par la pulsation de la vie artistique mondiale. Il y suit les enseignements de Carolus-Duran, qui avait également formé John Singer Sargent. L’influence de ce dernier, ainsi que celle de Manet, se manifeste dans ses premiers portraits, notamment ceux de sa sœur Elisa et de son camarade de chambre Santiago Rusiñol. À seulement 17 ans, il expose son autoportrait au Salon des Champs-Élysées et intègre la Société des artistes français. De retour en Espagne, il s’illustre avec des toiles sur le thème des corridas et se fait rapidement un nom dans l’effervescent milieu artistique catalan de la fin du siècle. En 1890, avec Rusiñol, il présente ses œuvres à la Sala Parés, où leur art est décrit comme moderne et sans anachronisme.

La décennie 1890 est riche pour Casas, partagé entre Paris et Barcelone, où il s’installe à Montmartre, peignant des scènes de cabaret souvent empreintes de mélancolie, rappelant les travaux de Manet et Toulouse-Lautrec. Il expose également le Portrait d’Erik Satie au Salon du Champ-de-Mars et à la Société nationale des beaux-arts. En s’éloignant de la vie bohème parisienne, il retourne à Barcelone et présente des œuvres plus conventionnelles pour séduire une clientèle bourgeoise. Il crée de grandes toiles illustrant les citoyens catalans lors d’événements publics et, après avoir établi son atelier dans l’immeuble familial sur le Passeig de Gracia, inaugure le restaurant-cabaret El Quatre Gats, inspiré du Chat Noir à Paris. À cette période, il conçoit aussi des affiches publicitaires pour des marques telles qu’Anis del Mono et travaille pour la revue moderniste Pel&Ploma. Représentant du modernisme catalan, il contribue à sa diffusion à travers une série de 132 portraits au fusain de personnalités barcelonaises, dont Pablo Picasso, exposée en 1899. En 1900, deux de ses œuvres sont sélectionnées pour l’Exposition universelle à Paris, où il agit en tant que reporter pour Pel&Ploma. Après 1900, son art se concentre sur les portraits, notamment ceux de sa compagne Julia Peraire, rencontrée en 1904 à Madrid. En 1907, lors de la cinquième exposition d’art de Barcelone, il remporte une première médaille pour une étude du portrait du roi Alphonse XIII, acquise par le musée de la ville. Les deux dernières décennies de sa vie sont marquées par son interaction avec le mécène américain Deering, avec qui il voyage aux États-Unis et en Europe. Réalisant des œuvres pour des collectionneurs et reprenant des créations qui avaient fait son succès à la fin du siècle, son art devient peu innovant, s’éloignant des toiles lumineuses de ses années parisiennes. C’est à Barcelone, sa ville natale, qu’il s’éteint en 1932.

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